Les habitants de Tarfaya jugent inopportune l’organisation d’un festival dans les conditions de précarité qu’ils vivent.Le Cap Juby comme certains nostalgiques de l’époque coloniale aiment appeler Tarfaya, vit au rythme d’un festival «international» qui est loin de faire l’unanimité chez les habitants de cette ville. Ces derniers estiment que les investissements devant être consentis pour l’organisation de ce festival seraient plus utiles pour sortir leur ville de la situation de précarité dans laquelle elle n’a cessé de se débattre depuis qu’elle a réintégré la mère patrie en 1957.
En effet, abandonnée à son sort d’ensevelissement par les sables dont des dunes majestueuses longent la côte d’Akhneifiss à Lâayoune, la ville de Tarfaya est coupée en deux zones, ce qui met les usagers de la route nationale n°1 en danger.
Si la coopération belge a financé un centre de dessalement d’eau de mer qui est aujourd’hui exemplaire dans toute la région, cette même coopération a bloqué sa participation au financement des infrastructures de la ville, notamment le réseau d’assainissement liquide.
Selon des jeunes de Tarfaya, en gelant leurs financements, les Belges dénoncent la mauvaise volonté avec laquelle les responsables locaux traitent ce dossier. Quand on sait que la canalisation, à peine achevée, s’effondre déjà.
Par ailleurs, ces jeunes dénoncent le fait que la municipalité néglige toutes les conditions d’hygiène susceptibles de garantir un minimum de bien-être aux habitants à commencer par les abattoirs et le transport de viande.
A l’abattoir, disent-ils, il n’y a ni eau potable ni électricité. C’est avec l’eau de mer que la viande est nettoyée et pour abattre une bête. La viande est transportée sur des charrettes tirées par des ânes sur un trajet de plus de deux kilomètres entre la ville et les abattoirs. Ces charrettes, affirment ces jeunes, servent aussi à transporter les ordures, le sable ou tout autre produit.
L’Agence du sud a certes financé l’achat des véhicules pour la municipalité qui n’a pas parmi ses priorités l’acquisition d’un véhicule réservé au transport des viandes.
La ligne maritime devant relier Tarfaya à Fuerteventura, dans les Canaries sur laquelle les habitants de la ville et leurs rares concitoyens, au péril de leur vie, ont bravé l’Océan et les interdits pour rejoindre l’Espagne constituait un espoir pour rapprcher les uns des autres et contribuer au développement de la ville. On se demande quand cette ligne sera opérationnelle.
Les jeunes de Tarfaya dénoncent, également l’organisation de ce festival, en plein Ramadan. Selon eux, ce mois sacré, généralement dédié aux prières et à la piété, ne devait pas être altéré par ces manifestations festives. Les organisateurs leur ont expliqué que ce festival est organisé à la demande d’associations étrangères qui entendent rendre hommage à Antoine de Saint-Exupéry qui, il y a 80 ans, fut nommé chef d’Aéroplace sur les lignes aériennes Latécoère.
Celui-ci serait avantageux pour la ville, par les investissements qu’il drainera. Toutefois, les Tarfaouis restent sceptiques et méfiants quant aux promesses que leur font les responsables de la ville.
Source : Libération















